Agir ou Subir

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AGIR OU SUBIR

 

 

Les oiseaux de mauvais augures rôdent autour de nous annonçant des temps difficiles.  Le ciel s’obscurcit et tout le monde se met à l’abri de peur de se mouiller. Mais le piège est justement là. Au lieu de se mettre tous ensemble immobile et transis de froid à attendre les beaux jours, nous devrions plutôt nous mobiliser pour agir et repousser les abîmes d’une nuit sans fin. En effet, la crise est là, quelle soit économique, humaine, existentielle ! Et nous en sommes tous co-responsables. Les sourds qui n’ont rien voulu entendre, les aveugles qui ont préféré détourner leur regard et les muets qui se sont tus.

 

Nous sommes une société de malentendants et d’handicapés de la vie choisissant de survivre avec leur handicap plutôt que de lutter et d’agir pour retrouver la vitalité de leur existence.

Avant d’être une crise économique et financière, la crise actuelle est celle de la moralité, de l’éthique, de l’argent facile, de la lâcheté. Nous avons tous troqué l’être contre un peu plus d’avoir, nous avons échangé la qualité des liens familiaux, sociaux et professionnels contre un peu plus de matière et un peu moins de relation. Nous avons oublié nos enfants et les batailles de nos aînés pour nous construire une vie meilleure comme un château en Espagne. Le mot durable est dans toutes les bouches, alors que notre société repose sur une production et une consommation de l’éphémère. Notre peur de la pauvreté, de l’abandon et du changement nous enferme dans une résignation qui nous pousse à nous poser en victime et à montrer du doigt ceux qui nous ont nourris mais que nous avons nous-mêmes alimentés.

 

Il est temps de faire de cette crise une opportunité de changement, de rupture et non de continuité. Nous sommes tous acteurs de ce monde que nous adorons ou abhorrons. Nous en sommes les consommateurs, les bâtisseurs et les détracteurs. Il ne faut pas croire que le seul acte responsable que nous ayons à faire est celui de voter pour la personne qui aura la charge de  construire la société que nous désirons.

 

Nous avons la fâcheuse habitude de déléguer aux autres la responsabilité de notre vie et de nous insurger quand cela ne nous convient pas. Nous avons échangé notre liberté contre une poignée de deniers et nous refusons de revoir les principes de ce troc. Nous oublions que le monde bouge et que nos enfants sont les légataires universels de notre égoïsme et de notre refus d’écrire une autre histoire que celle que nous avons programmée par avance. Pourtant le traçage du monde de demain est en train d’être revu et corrigé non pas par les scénaristes d’Hollywood mais par ceux qui décident d’y participer et de dire NON à un monde construit sur l’avidité, l’argent facile, l’individualisme et le paraître.

 

L’Histoire nous a montré que les sociétés arrivant à maturité de leur apogée disparaissaient, laissant place à d’autres formes de société et de leaders. Nous ne sommes pas obligés de disparaître mais nous avons l’impérieuse nécessité de créer un nouvel ordre mondial dans lequel chacun doit prendre conscience qu’il est acteur de ses décisions, auteur de ses choix et constructeur du monde de demain. Pour cela il ne faut pas avoir peur de se mouiller mais agir en personne responsable qui apprend à ne plus être victime et à discerner ce qui devient essentiel pour construire un monde plus juste, plus relationnel et plus durable pour les générations à venir.

 Les anciens plantaient des arbres dans leur champ pour leurs petits enfants en prévoyant que ceux-ci en auraient besoin pour construire leur maison. Nous devons nous aussi penser à nos enfants et à leurs futurs enfants  en participant activement à la conception d’un monde plus humain et moins mécanique, plus enraciné et moins virtuel. La solidarité collective passe par la responsabilité individuelle alors agissons pour tous et n’attendons pas la nuit sans fin pour trouver la lumière qui éclairera notre conscience. Mettons-nous en mouvement pour agir et mieux vivre ensemble et cessons de subir.

 

Francis Karolewicz