De la désertification à la déhumanisation

Société
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De la désertification à la déhumanisation

 

De la désertification à la déshumanisation

 

La course à l’industrialisation a généré de nouvelles formes de vie plus confortables et plus urbaines. Elle a dépeuplé les campagnes pour créer des mégapoles de plus en plus grandes dans lesquelles les personnes s’entassent sans pour autant vivre en communauté. Elle a rallongé notre espérance de vie et suscité l’envie de vivre toujours mieux, toujours plus longtemps. Tout en enrichissant l’occident, cette course au modernisme a appauvri de nombreux peuples tant en ressource naturelle que sur le plan culturel. En moins de 60 ans le passage de la société industrielle, à la société de consommation puis à celle de la connaissance et de l’informatisation a bouleversé la donne mondiale en supprimant les frontières économiques voire  culturelles.

 

Nous sommes passés en moins d’un siècle, d’une économie locale à une économie mondiale, d’un monde solide à un monde liquide, d’une structure familiale à une structure monoparentale, d’une communication réelle à une communication virtuelle. Cet emballement d’un modernisme non raisonné nous entraîne sur un chemin dont l’issue risque d’être catastrophique. Notre environnement se meurt petit à petit de notre mode de vie, nos liens familiaux se distendent au fur et à mesure que notre individualisme augmente.

 

Nous devenons des spectateurs quasi impuissants de l’effondrement du monde moderne qui est arrivé au bout de son cycle même si ses concepteurs et animateurs veulent nous faire croire le contraire, faute de modèle de substitution rentable.

 

Prisonnier de cette impuissance collective nous nous accrochons à nos croyances, nos certitudes et nos acquis. Notre peur devient notre ennemi et se nourrit des images de plus en plus violentes qui nous parviennent de la planète via les multinationales de la désinformation qui nous manipulent pour  annihiler toute envie de révolte. Notre compassion s’arrête à notre frontière, en espérant que la générosité arrêtera la dévastation et nous protégera de la destruction. Il ne s’agit pas de se culpabiliser mais de comprendre que nous sommes dans le système et non en dehors comme ce battement d’aile d’un papillon en Chine qui peut impacter un pays lointain quelques jours plus tard. Rien n’est neutre, tout est action, impact, changement ou continuité. Nous pouvons donc à tout moment inverser l’horloge du temps et freiner voire stopper l’inéluctable. La question est de savoir si nous ne sommes pas déjà trop prêts du soleil, si nos ailes sont suffisamment amples et solides pour nous ramener vers une destination où la vie reprendra ses droits.

 

Dans ce monde où les ilots de pureté ont quasiment disparus, où la certitude fait place à l’incertitude permanente, où les apprentis sorciers de la finance, des nouvelles technologies, de la médecine moléculaire, de l’industrialisation à outrance et autres faiseurs de miracles sont dépassés par leur création. La question se pose dorénavant pour nous de choisir entre rester un voyeur passif d’une humanité qui se délite ou devenir acteur d’un nouveau modèle de société plus humaniste, respectueux de son environnement construit sur de nouvelles bases de transaction humaines et économiques. La réponse à cette question n’est pas simple,

d’autant que nous devons prendre en compte le devenir des générations futures, qu’il n’y a pas de recettes miracles ni de modèle idéologique de rechange probant. Que voulons-nous laisser à nos enfants ? Quel héritage humanitaire et écologique sommes-nous prêt à transmettre à nos descendants ? Curieusement la génération de l’après guerre est celle qui a vécu la reconstruction, le développement du bien-être, l’accès à la consommation et au confort, la liberté de son corps et l’égalité entre les hommes et les femmes, les bienfaits d’une médecine de plus en plus performante. Dans le même temps, comme par ironie on voit sous nos yeux les impacts nocifs de ce trop plein d’Avoir qui au fur et à mesure transforme l’Etre vivant en consommateur compulsif et la terre en  grande poubelle.

 

En moins de 60 ans le monde n’a jamais été aussi bouleversé et transformé que depuis la dernière période glacière. D’ailleurs, c’est ce type de catastrophe naturelle qui nous est annoncé en châtiment de nos modes de vie contre nature et  Mère Nature.

 

Quand vous dévorez plus que ce que votre estomac peut contenir celui-ci réagit sous forme de douleur abdominale. Si vous passez outre cette première alerte et que vous continuez à consommer vous risquez fort de vomir le trop plein. Si vous persistez dans le temps dans ce mode de consommation, il y a de forte probabilité que votre organisme réagisse avec plus de vigueur et accentue le nombre de symptômes, jusqu’à la mort.

 

Nous sommes un peu comme cet individu qui consomme beaucoup plus que ce dont il a vraiment besoin et, malgré les alertes, continue toujours plus à se goinfrer comme une maladie qui l’empêche d’arrêter sous peine de mourir de manque. Il y a quelques années j’avais l’habitude de dire que je consommais pour demain. Je faisais un repas d’avance pour anticiper celui que je risquais de ne pas manger le lendemain. La peur du manque peut générer des comportements de protection qui sont parfois utiles mais souvent inappropriés. J’ai l’impression qu’aujourd’hui notre réflexe de consommateur est plus compulsif que lié à un véritable manque.

Naturellement, ce discours est celui d’un occidental qui n’oublie pas qu’il y a plus d’un milliard de personnes qui n’a pas de quoi se nourrir à sa faim. Il n’y a pas si longtemps nos ancêtres mourraient de faim et nos parents recevaient une orange en guise de cadeau de noël.

 

Cette vision du monde peut sembler apocalyptique mais elle a pour objectif de nous renvoyer à nous-mêmes,  à la question de notre comportement individuel et des actions à mener face aux enjeux planétaires tant humains qu’écologiques à résoudre.

 

Nous avons souvent des difficultés à imaginer que nos actions individuelles peuvent contribuer à un mieux être au niveau de la terre. Aux septiques je répondrais que nos agissements impactent en négatif ou en positif notre environnement en fonction de nos choix. Il suffit d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase. Il suffit de soulager le vase de cette même goutte pour éviter la catastrophe. Nous sommes cette goutte. Nous sommes donc importants.

 

Chacun garde son libre arbitre et les plus chanceux, dont nous faisons partis peuvent choisir leur mode de vie, de consommation, voire la façon de mourir. Ce privilège, dont nous usons et parfois abusons, présente aujourd’hui une contre partie : celle de notre responsabilité vis-à-vis de la planète qui nous nourrit, de nos anciens qui se sentent délaissés, de nos descendants qui vont hériter de nos actes et de notre courage.

 

Francis Karolewicz